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Noir d'un jour Tracé en forme d'arc



Poèmes dédiés à l'œuvre de Thierry Loisel

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Je ne sais pas où tu vas de si bonne heure, et de quoi ton regard est fait, comme une chimie d'apothicaire, mais dans tes paysages, des bruits d'étangs se pâment sous un soleil d'étain, roue du paon, vol du pigeon ramier, et courbe de l'étoile dans ton ciel.
Le tien qui se veut dépositaire de toutes ces compositions, comme des fresques de Crête, où s'envolent des formes, comme des grandes herbes du monde d'Egée.
Les couleurs se tutoient et se côtoient, comme des camarades de classe, et des randonneurs perdus dans l'été, long de force et haut de couleur, comme le pavillon dressé d'un bateau.
J'entends le rire et les joies de tes compagnons mangeant sur l'herbe, prés de la fontaine d'une île nommée Cythère.





De ce que tu vois, dans tes rêves, l'eau est profonde, comme le secret de la vie.
Et toi, tu veux le vert de l'émeraude, de l'étang tapissé d'herbes, nénuphars d'eaux à la prophétie de fables.
Tu veux la lumière, au pas régulier et séculier.
Tu veux la voix de l'eau, sa transparence qui étonne et surprend.
Tu veux sa juste note, et son écho qui se lève et se diffuse, avec le poids de toute ton âme.





A l'exemple inversé d'un homme de la jungle qui sait ne pas se faire voir, toutes ces formes nées des eaux que tu nous montres nous observent et se rejoignent dans un moment et un morceau du monde que toi seul connaît.
Comme ces parties des choses de la nature, à l'image d'un tableau de peintre, que l'on a déjà entrevu de si loin, plus éloigné que l'étoile du bout du monde.
Est entendue de plus loin encore, la voix de ton amie qui chante dans la montagne.
Et toi, tu as parcouru toutes ces rives, faites comme des contours de paysages d'Amazonie.

Ton amie les connaît, les a parcourues, senties de ses mains.
Tu pourrais même dire que tu pourrais aller entre elles, comme un homme va entre les cuisses d'une femme.
Habillé de cent fleurs, comme dans un jardin de Provence, l'eau sait ce qu'elle porte.
Et toi dans ces eaux, avec une barque, tu rames, et fais des promesses à ta fiancée.
Tu l'embrasses dans la descente de la rivière, en l'emportant au pays des fruits aux goûts rares, que seul connaissent le puma et l'oiseau.

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Tu as pour toi, ces paysages, et cette rivière incrustée entre des roches solides, comme les os de ton corps.
Tu allais vers la soif de dépeindre ces choses que ton âme traduisait en visions d'eaux.
Elles, émancipées peu à peu de toi, comme ayant scellé un pacte entre des plages de sable et de terre, et de toi couvrant ces feuilles vertes de tes mains, comme des gestes de magicien d'Oz, en un seul éclat de quartz.

Vert de sac de semeur de fleurs, vert des plumes de l'oiseau, vert du lézard courant sur le rocher, vert de l'épi de blé pas encore mûr, vert du pré pour de jeunes amants, vert d'yeux d'irlandaise, vert de fougère bruissant le brin de bruyère que ton amie a mis à son corsage.
Dans son cours, la rivière trace les empreintes de la loutre, du renard, et de ton amie venue tôt cueillir la menthe sauvage.

Comme dans un jardin d'Alhambra, tu te fis vendangeur de couleurs aux sensations inconnues de tes yeux.
Et vers le midi de ton ciel, les deux seins de ton amie, fleur de l'hibiscus, rougeoient dans la lumière du soleil naissant, traversant ta maison, et se couchant dans ton lit.

Et vont ces cheveux, dans le paysage de son ascension, au nid de l'edelweiss.
Et, quand nous parlons une autre langue à l'écriture inconnue d'ici, c’est comme un alphabet qui s'ouvrit sur un autre monde.
De ces différences de notre monde naît la curiosité, pour s'éveiller différent.
Autre pouvoir du partage du jour et de la nuit, que tu connais de longue habitude.
Toi, tu sais que le chemin est long, comme un sentier de randonnée en haute montagne, seulement juste pour pouvoir dépeindre la beauté d'une planète nommée Terre.





Chez toi, à des moments que tu ne comprends pas, les horloges de ta bâtisse passent leurs temps à attendre l'heure où ton amie apparaît.
Devant elle, tu marques de tes pas le tapis de fougères, devant le mas aux figuiers centenaires, où elle demeure.
En voyant l'épervier haut dans le ciel d’Ithaque, le dauphin poursuit sa course à l'île.
Totem de la roche, le pin s’encourage de donner les pommes de son arbre à la terre,
comme l'on sème des pierres précieuses.

Geste du petit poucet, conte d'un autre monde, où tu te souviens de l'appel de ces eaux où le rubis, sorti vert d'une alchimie d'herboriste, se met à nous parler.
Alors tu te mets à consulter ton épicier, comme l'on va comme chez une diseuse de bonne aventure.
Car c'est lui, cet épicier qui fait ton thé, en attendant ton fils sous l'escarcelle de ton isba, pleine d'ailes de papillons, de scarabées et de fleur de lotus du Nil.
Lui, il sait créer des oasis aux mille verts comme dans une palette de peintre.





Des nuages comme des virgules sur une terre d’émail, tu fais sortir ces eaux englouties de mémoire d'homme, au rythme d’une marche de cyclope.
En forme d’une pause de l'air, embaumant ta maison, tes gestes se frottent à ces eaux, où ta venue en août était comme cramoisie par l'incendie du soleil.
Jour de marché, où le héron migre sur les chemins du lac, aux verts d'un tailleur d'étoffe si précieuse que même ta promise n'osa la mettre.




Haut de page Toi, architecte de la restauration de rêves que l'on n'osait pas faire, et de paysages auxquels on ne pensait pas, tu fus leur ambassadeur.
Et un jour tu te mis à photographier tout cela, pour ne pas oublier.